Annonces

  • Pour être tenu au courant de l'actualité de la revue, vous pouvez vous inscrire comme lecteur.
  • Vous recevrez ainsi les informations qui la concernent (nouvelles parutions, projets éditoriaux, ...) dans votre boîte e-mail.

§ Appel à contributions: Comédies Animales

 

Finitude, captivité, pauvreté ontologique, silence, souffrance, exploitation, mort. À quelques importantes exceptions près, la tonalité dominante dans le champ encore jeune des études animales aura été mélancolique. L’animal qui naguère peuplait nos contes et nos fables est devenu désormais une figure pathétique, pour ne pas dire tragique.

Or, est-il encore possible aujourd’hui, serait-il éthique, de concevoir et de représenter les animaux sur le mode comique, comme le demande Ursula K. Heise ? Non par simple provocation, non qu’il y ait matière à se réjouir à l’heure de la sixième extinction de masse, mais pour contrarier ou déjouer la connivence tacite entre le sort réservé aux animaux à l’époque moderne et ce que dans un clin d’œil au philosophe Jeremy Bentham nous pourrions appeler la jérémiade animale. Car si, comme l’affirme Jacques Derrida, la question de Bentham—Peuvent-ils souffrir ?—« change tout » en faisant du pathos le terrain privilégié et le principe même de la pensée contemporaine sur l’animal; si, comme le suggère J. M. Coetzee notre époque a appris à « cultiver de la compassion » à l’égard des animaux, c’est au prix d’une victoire absolue de l’humain sur les autres espèces. Victoire en grande partie fantasmée, contestable et contestée, mais aux conséquences bien réelles. Il ne s’agit pas de minimiser les bénéfices de cette sensibilité moderne à la souffrance animale, qui a contribué à l’établissement des lois contre le traitement cruel du bétail au début du dix-neuvième siècle, ni d’en méconnaître les effets pervers dans l’exploitation économique et symbolique des animaux. Nos interrogations portent précisément sur ce que cette jérémiade a pu occulter dans nos façons de voir et de concevoir ce que l'on continue d'appeler « l’animal ».

 
Publié: 2017-03-26 Plus...
 

§ Appel à contributions: L'Idiotie

 

Dans le champ de la littérature, l’idiotie est largement associée à un type de personnage ou une figure dont la récurrence souligne le pouvoir de fascination qui s’y attache. Qu’il soit considéré comme un simple, un naïf, un enfant attardé ou comme un être proche de la sauvagerie, l’idiot occupe un espace à part, en marge du corps social sans en être radicalement exclu ; il se tient dans une solitude « inférieure » que le jugement crée et, de là, interroge silencieusement la perception et l’appellation de cet autre supposément en position de le juger « idiot ». Victime expiatoire ou personnage conjuratoire, il se fait aussi figure dérangeante, subversive ou provocatrice lorsqu’il devient ce hors-la-loi institutionnalisé, autorisé à parler sans entraves qu’est le fou shakespearien. On peut également penser à des personnages aussi divers que le prince épileptique de Dostoïevski, à Lennie, l’attardé de Steinbeck, à Benjy dont Faulkner nous livre le monologue décousu, voire au Bartleby de Melville, qualifié de luny par l’un de ses collègues, aux personnages de Beckett ou encore au Michael K de Coetzee – figures qui déclinent la notion d’idiotie jusqu’à en faire bouger le concept. La force de questionnement que génère l’idiot tient le plus souvent à son être même : l’idiot est ce corps étranger qui inquiète les limites de l’humain, ce point opaque et énigmatique qui, en dehors des projections imaginaires qu’il suscite (lien originel avec la nature, plénitude de l’être), n’a de cesse d’opposer sa résistance à l’appropriation et à la nomination. Indépendamment des personnages qui l’incarnent, l’idiotie peut s’envisager comme régime textuel, discursif ou narratif. L’on s’interrogera sur ce que pourrait être une écriture qui compose avec l’idiotie, en regard notamment de certaines expérimentations modernistes et postmodernistes qui mettent les modes d’intelligibilité classiques en déroute.

 
Publié: 2016-02-06 Plus...
 

§ Appel à contributions: La séduction de l'image

 
Puissance de captation, de fascination, la séduction est ce pouvoir mystérieux et souvent incontrôlable qui s’exerce sur nous ou que nous exerçons sur autrui, par-delà tout raisonnement, tout système interprétatif figé, tout discours de vérité. Entre promesse et imposition, la séduction attire et effraye tout à la fois. Elle défie les catégories esthétiques : moins innocente que la grâce ou le charme, elle partage cependant avec eux une puissance étrange, qui peut paraître magique autant que maléfique. Distincte du simple plaisir esthétique lié à la contemplation du beau ou au réconfort de la mimésis, la séduction implique plutôt le sacrifice de la réalité et l’exaltation de l’apparence.

Si « séduire, c’est mourir comme réalité et se produire comme leurre » (Jean Baudrillard), alors l’image semble être un domaine de prédilection pour tenter de saisir la façon dont la séduction opère. Éprouver la séduction de l’image supposerait de renoncer à chercher en elle un au-delà des apparences, une vérité absolue, pour accepter de se livrer, au risque de se perdre, à son pouvoir de manipulation et goûter à l’attrait du superficiel. Ainsi l’image séduit-elle lorsqu’elle se fait délibérément illusion, lorsqu’elle nous fait éprouver la fascination du vide, crée le vertige, évoque la mort, l’imminence du désastre ou nous ouvre des abîmes métaphysiques. D’où la méfiance éprouvée par certaines cultures, certaines religions, envers l’image et son pouvoir de manipulation, de détournement, voire de dévoiement des signes. L’iconophobie ne serait-elle alors qu’une tentative de se prémunir contre le pouvoir de séduction des images ? L’iconophilie, une capitulation devant leur troublante puissance d’irradiation ?


 
Publié: 2015-11-23 Plus...