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§ Appel à contributions: Référence et référentialité

 

De quoi parle la littérature ? La littérature parle-t-elle de quelque chose ? La théorie aristotélicienne de la mimesis pose celle du rapport référentiel entre objet et représentation, entre monde et langage. Si pour Saussure le langage met fin au monde dans l’avènement ou la survenue du signe, est-il encore possible de dire qu’écrire, c’est décrire, ou même donner forme au monde, à l’expérience du monde ? Alors qu’il postule la préexistence d’un système de références stable comme pacte de lecture – lieux, événements, personnages, contexte historique et culturel – dont le texte littéraire se saisirait pour devenir l’espace métonymique d’un temps historique, le prisme référentiel tient-il encore face au pouvoir radical du langage, et à ce que ce pouvoir fait au monde ?

Ce numéro de l’Atelier souhaite interroger l’écriture comme médiation, comme ce qui arrive au monde, sa capacité à le transformer, le générer, mais aussi à se créer elle-même en lui et par lui. Il s’agira de penser la manière dont le présupposé d’un livre écrit au miroir du monde est mis en crise par tout ce qui échappe à la spécularité, c’est-à-dire tout ce qui arrive au texte dans le processus du poiein, voire fait disparaître le référent au profit d’une intransitivité, d’un autotélisme du langage : la métaphore, l’image, le figural, l’implicite, la traduction, la polysémie, l’hermétisme, l’instabilité des signes, la subjectivité, la modalité, l’affect, l’expérience, l’indéterminé, le possible, l’imaginaire, le fabulaire. Autant de procédés ou de modes qui déplacent le régime référentiel et en dévoilent l’illusion. 

 
Publié: 2018-03-23 Plus...
 

§ Appel à contributions: L'enthousiasme et son ombre

 

L'enthousiasme, ainsi que nous le rappelle son étymologie, articule un transport, une énergie et un discours. Dans le monde grec, les figures privilégiées en sont l'oracle et le poète, le premier possédé, le second inspiré par la parole des dieux, comme en témoigne le dialogue entre Socrate et Ion. Comme si un certain régime de la parole, du discours voyait son ressort ne se donner à entendre que comme rapporté à des forces divines. L'enthousiasme est ainsi un transport dont est d'emblée marquée l'intensité, la force d'ébranlement, puisque s'y engage un pathos, qui dépossède autant qu'il possède. Il est indissociable du récit de sa double scène, celle du corps, des transes ou des fièvres qui l'accompagnent, et celle de la parole, de sa rhétorique, de ses accents et de son adresse. Il engage également un régime de la puissance dans son lien à la création, celle du temps ou d'une œuvre à venir. Il est de cette ferveur qui réapparait dans la puissance de création hors du commun qui caractérise le génie, dans les temps euphoriques de la manie, ainsi que l'évoque Aristote dans ses pages consacrées au génie et à cette ombre de l'enthousiasme qu'est la mélancolie. Il se conjugue au singulier ou au pluriel puisqu'une secte lui empruntera son nom pour désigner la ferveur religieuse sous le sceau de laquelle elle se place.

Il est également à articuler à la croisée de l'histoire et de la pensée politique, car il est au centre des crises politico-religieuses qui précèdent puis traversent les Lumières et se voit de ce fait placé sous les feux croisés de la critique philosophique. Ce dont témoignent ces débats, c'est que les lignes de différenciation selon lesquelles il est envisagé bougent : tout dépend des termes dans l'ombre desquels il est placé. En ce sens l'enthousiasme s'avère être un cristallisateur de questions épistémologiques et politiques majeures. Ainsi s'engagent sous la plume de Shaftesbury puis de Locke des débats sur les liens entre l'enthousiasme, la vertu, la connaissance. Ce qui est en jeu alors c'est l'enthousiasme comme faculté de la connaissance et moteur de l'action, en tant que registre d'une imagination visionnaire. Il peut s'y voir alors mesurer à l'aune de la raison, fût-elle don de Dieu, et mis au soupçon lorsqu'il témoigne d'une irrationalité enfiévrée ou d'une nature pathologique. L'enthousiasme, déjà distribué dans des sèmes divers dans les différentes langues, se voit alors affecté de différentes valeurs, tantôt au service du déchaînement des fanatismes et des folies meurtrières, tantôt s'alliant à la raison, à la volonté et à la pensée.

 

 
Publié: 2017-10-15 Plus...