Trois cœurs simples : visions de l’idiotie chez Gustave Flaubert, George Moore et James Joyce

Fabienne Gaspari

Résumé


Au-delà des liens intertextuels qui pourraient justifier le rapprochement entre « Un cœur simple » (Trois Contes) de Flaubert, « The Window » (The Untilled Field) de Moore et « Clay » (Dubliners) de Joyce, le choix d’héroïnes à première vue naïves et attardées est un point commun évident entre ces textes. Félicité, Biddy et Maria, femmes célibataires et solitaires, situées en marge de la société, se retrouvent au centre d’interrogations qui permettent de redéfinir la notion même d’idiotie pour la rendre synonyme de singularité. Cet article a pour objectif de montrer comment leurs existences simples voire insignifiantes deviennent singulières et leur candeur source d’épiphanies. Il s’agit ici d’étudier l’enfermement de ces existences, de ces esprits et de ces corps, le rapport au langage verbal et au silence, mais aussi, chez Flaubert et Moore, à l’iconographie religieuse et à la croyance. Si Flaubert et Moore suggèrent que les esprits simples se transforment en saintes, ils n’imposent pas une interprétation unique et laissent le lecteur définir le sens de leurs extases. Joyce prive son personnage de cette dimension. Ses expérimentations modernistes et le jeu sur les frontières entre voix du narrateur et voix du personnage conduisent à une réflexion sur la stupidité du personnage en regard d’une épiphanie vécue par le lecteur qui, de stupide, devient éclairé grâce à son activité critique.

 

Beyond the intertextual links that could justify the association of Flaubert’s “Un coeur simple” (Trois Contes), Moore’s “The Window” (The Untilled Field) and Joyce’s “Clay” (Dubliners), the choice of heroines who at first sight are naïve and retarded is a shared characteristic of these texts. Félicité, Biddy and Maria, solitary and single women who are peripheral figures in society, are at the centre of questions that lead to the redefinition of the very notion of idiocy and make it synonymous with singularity. This paper aims to show how their simple and even insignificant lives become singular and how their candour appears as the source of epiphanies. It studies the confinement of these lives, minds and bodies, the relationship to verbal language and to silence but also, in Flaubert and Moore, to religious iconography and belief. If Flaubert and Moore suggest that these simple minds are transformed into saints, they do not impose a unique interpretation and leave the reader free to define the import of their ecstasies. Joyce deprives his character of this dimension. His modernist experimentations and his play on the borders between narrator’s voice and character’s voice lead to a reflection on the stupidity of the character as opposed to the epiphany experienced by the readers who go from stupidity to illumination, thanks to their critical activity.


Mots-clés


G. Flaubert, G. Moore, J. Joyce, idiotie, candeur, épiphanie, silence, focalisation

Texte intégral :

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