L'Atelier

Atelier :


  • espace voué à l’élaboration d’objets (matériels ou conceptuels), lieu où les choses jos_amman_workshop_226sont en devenir
  • idéalement aussi, lieu d’échanges sur les pratiques — dont témoigne l’extension du terme aux groupes de réflexion au sein d’un congrès, par exemple
  • lieu, enfin, où les outils et les méthodes mis en œuvre, s’ils contraignent l’élaboration des objets, sont également contraints en retour de s’affiner et d’évoluer

L’Atelier se veut revue critique en ce sens précisément qu’elle se conçoit comme un espace d’élaboration et de réflexion sur la mise en œuvre de méthodes critiques.

L’Atelier ambitionne d’être un chantier intellectuel où la critique se trouve interrogée, mise à l’épreuve, en même temps qu’est interprétée l’œuvre vers laquelle elle se tourne. Il encourage donc la diffusion d’articles où la théorie interprétative ne s’applique pas à son objet comme s’il lui pré-existait mais, dans tous les sens du terme, s’explique avec lui. Il vise à promouvoir les lectures d’œuvres qui invitent à la réflexion sur la pratique critique sans perdre de vue ce qui la suscite ainsi que celles portant sur les régimes de représentation et les phénomènes de reprise intertextuelle et trans-artistique.

Les articles soumis à L’Atelier pourront mettre en jeu divers champs théoriques sans exclusive, si la démarche correspond aux exigences de cohérence et d’engagement méta-critique de la revue.

ISSN: 2109-9103

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§ Appel à contributions: L'Idiotie

 

Dans le champ de la littérature, l’idiotie est largement associée à un type de personnage ou une figure dont la récurrence souligne le pouvoir de fascination qui s’y attache. Qu’il soit considéré comme un simple, un naïf, un enfant attardé ou comme un être proche de la sauvagerie, l’idiot occupe un espace à part, en marge du corps social sans en être radicalement exclu ; il se tient dans une solitude « inférieure » que le jugement crée et, de là, interroge silencieusement la perception et l’appellation de cet autre supposément en position de le juger « idiot ». Victime expiatoire ou personnage conjuratoire, il se fait aussi figure dérangeante, subversive ou provocatrice lorsqu’il devient ce hors-la-loi institutionnalisé, autorisé à parler sans entraves qu’est le fou shakespearien. On peut également penser à des personnages aussi divers que le prince épileptique de Dostoïevski, à Lennie, l’attardé de Steinbeck, à Benjy dont Faulkner nous livre le monologue décousu, voire au Bartleby de Melville, qualifié de luny par l’un de ses collègues, aux personnages de Beckett ou encore au Michael K de Coetzee – figures qui déclinent la notion d’idiotie jusqu’à en faire bouger le concept. La force de questionnement que génère l’idiot tient le plus souvent à son être même : l’idiot est ce corps étranger qui inquiète les limites de l’humain, ce point opaque et énigmatique qui, en dehors des projections imaginaires qu’il suscite (lien originel avec la nature, plénitude de l’être), n’a de cesse d’opposer sa résistance à l’appropriation et à la nomination. Indépendamment des personnages qui l’incarnent, l’idiotie peut s’envisager comme régime textuel, discursif ou narratif. L’on s’interrogera sur ce que pourrait être une écriture qui compose avec l’idiotie, en regard notamment de certaines expérimentations modernistes et postmodernistes qui mettent les modes d’intelligibilité classiques en déroute.

 
Publié: 2016-02-06 Plus...
 

§ Appel à contributions: La séduction de l'image

 
Puissance de captation, de fascination, la séduction est ce pouvoir mystérieux et souvent incontrôlable qui s’exerce sur nous ou que nous exerçons sur autrui, par-delà tout raisonnement, tout système interprétatif figé, tout discours de vérité. Entre promesse et imposition, la séduction attire et effraye tout à la fois. Elle défie les catégories esthétiques : moins innocente que la grâce ou le charme, elle partage cependant avec eux une puissance étrange, qui peut paraître magique autant que maléfique. Distincte du simple plaisir esthétique lié à la contemplation du beau ou au réconfort de la mimésis, la séduction implique plutôt le sacrifice de la réalité et l’exaltation de l’apparence.

Si « séduire, c’est mourir comme réalité et se produire comme leurre » (Jean Baudrillard), alors l’image semble être un domaine de prédilection pour tenter de saisir la façon dont la séduction opère. Éprouver la séduction de l’image supposerait de renoncer à chercher en elle un au-delà des apparences, une vérité absolue, pour accepter de se livrer, au risque de se perdre, à son pouvoir de manipulation et goûter à l’attrait du superficiel. Ainsi l’image séduit-elle lorsqu’elle se fait délibérément illusion, lorsqu’elle nous fait éprouver la fascination du vide, crée le vertige, évoque la mort, l’imminence du désastre ou nous ouvre des abîmes métaphysiques. D’où la méfiance éprouvée par certaines cultures, certaines religions, envers l’image et son pouvoir de manipulation, de détournement, voire de dévoiement des signes. L’iconophobie ne serait-elle alors qu’une tentative de se prémunir contre le pouvoir de séduction des images ? L’iconophilie, une capitulation devant leur troublante puissance d’irradiation ?


 
Publié: 2015-11-23 Plus...
 

§ Appel à contributions: Emouvoir

 

Que faire devant la puissance affective de l’œuvre littéraire ou plastique ?

La critique formaliste a souvent répondu à cette vieille question en évacuant l’émotion de l’analyse afin de faire de l’œuvre l’objet d’une science. Elle se démarquait ainsi de la valorisation de la « belle sensibilité » d’un génie créateur ou du critique du « goût » caractéristique des approches psychologisantes depuis au moins le 19e. Soupçonnée de constituer un risque pour la raison critique, l’émotion n’avait dès lors plus droit de cité qu’en rapport avec la sphère intime et privée. C’est ainsi que la distinction antique entre pathos et logos a souvent été reconduite, voire renforcée au cours du 20e siècle. Plus récemment, cette distinction semble avoir été contournée par des approches s’inspirant principalement des sciences expérimentales qui assujettissent l’émotion à un savoir positiviste et placent ainsi le pathos sous le régime du logos, induisant une hiérarchisation où l’émotion perd sa spécificité propre.

 
Publié: 2015-04-08 Plus...
 
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Vol. 7, No 1 (2015): L'institution de la littérature


ATL 7.1

La question de savoir ce qu'est la littérature informe la pratique et la recherche des enseignants-chercheurs. Objet qui ne se laisse pas facilement saisir, qui ne se laisse pas forcer par des catégorisations, la littérature nourrit et fait la force des études universitaires, mais fait aussi l'objet d'enjeux économiques et politiques qui tentent de lui assigner une place, souvent mineure, dans la société. Produit commercial, comme en témoigne la floraison de "prix littéraires", instrument politique, considéré comme un "supplément d'âme", elle s'inscrit aussi dans des "programmes" scolaires et universitaires qui se disputent la légitimité de telle ou telle oeuvre, de tel ou tel écrivai. De fait, en dépit de son caractère hybride, mouvant, inassignable, elle devient istitutionnalisée en faisant l'objet d'une reconnaissance qui fait de certains textes un passage obligé des études secondaires et supérieures ou bien d'une méfiance envers des textes qui n'appartiennent pas au canon. On pourraît alors suggérer que l'institution - universitaire mais aussi politique et médiatique - fabrique tout autant la littérature que cette dernière ne se crée elle-même, ou tout au moins qu'elle se l'approprie, tente d'en dessiner les codes, d'en tracer le devenir, d'en faire un objet qui cesse de lui échapper.

— Numéro coordonné par Sylvie Bauer et Anne Ullmo



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