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2017

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Vol. 9, No 1 (2017): L'idiotie

Dans le champ de la littérature, l’idiotie est largement associée à un type de personnage ou une figure dont la récurrence souligne le pouvoir de fascination qui s’y attache. Qu’il soit considéré comme un simple, un naïf, un enfant attardé ou comme un être proche de la sauvagerie, l’idiot occupe un espace à part, en marge du corps social sans en être radicalement exclu ; il se tient dans une solitude « inférieure » que le jugement crée et, de là, interroge silencieusement la perception et l’appellation de cet autre supposément en position de le juger « idiot ». Victime expiatoire ou personnage conjuratoire, il se fait aussi figure dérangeante, subversive ou provocatrice lorsqu’il devient hors-la-loi institutionnalisé, autorisé à parler sans entraves, ou décline la notion d’idiotie jusqu’à en faire bouger le concept. La force de questionnement que génère l’idiot tient le plus souvent à son être même : l’idiot est ce corps étranger qui inquiète les limites de l’humain, ce point opaque et énigmatique qui, en dehors des projections imaginaires qu’il suscite (lien originel avec la nature, plénitude de l’être), n’a de cesse d’opposer sa résistance à l’appropriation et à la nomination. Indépendamment des personnages qui l’incarnent, l’idiotie peut s’envisager comme régime textuel, discursif ou narratif. L’on s’interrogera sur ce que pourrait être une écriture qui compose avec l’idiotie, en regard notamment de certaines expérimentations modernistes et postmodernistes qui mettent les modes d’intelligibilité classiques en déroute.

Numéro coordonné par Amélie Ducroux et Pascale Tollance.


2016

Page couverture

Vol. 8, No 2 (2016): La séduction de l'image 1

Puissance de captation, de fascination, la séduction est ce pouvoir mystérieux et souvent incontrôlable qui s’exerce sur nous ou que nous exerçons sur autrui, par-delà tout raisonnement, tout système interprétatif figé, tout discours de vérité. Entre promesse et imposition, la séduction attire et effraye tout à la fois. Elle défie les catégories esthétiques : moins innocente que la grâce ou le charme, elle partage cependant avec eux une puissance étrange, qui peut paraître magique autant que maléfique. Distincte du simple plaisir esthétique lié à la contemplation du beau ou au réconfort de la mimésis, la séduction implique plutôt le sacrifice de la réalité et l’exaltation de l’apparence.

Si « séduire, c’est mourir comme réalité et se produire comme leurre » (Jean Baudrillard), alors l’image semble être un domaine de prédilection pour tenter de saisir la façon dont la séduction opère. Éprouver la séduction de l’image supposerait de renoncer à chercher en elle un au-delà des apparences, une vérité absolue, pour accepter de se livrer, au risque de se perdre, à son pouvoir de manipulation et goûter à l’attrait du superficiel. Ainsi l’image séduit-elle lorsqu’elle se fait délibérément illusion, lorsqu’elle nous fait éprouver la fascination du vide, crée le vertige, évoque la mort, l’imminence du désastre ou nous ouvre des abîmes métaphysiques. D’où la méfiance éprouvée par certaines cultures, certaines religions, envers l’image et son pouvoir de manipulation, de détournement, voire de dévoiement des signes. L’iconophobie ne serait-elle alors qu’une tentative de se prémunir contre le pouvoir de séduction des images ? L’iconophilie, une capitulation devant leur troublante puissance d’irradiation ?

Numéro coordonné par Isabelle Gadoin et Marie Laniel

Page couverture

Vol. 8, No 1 (2016): Émouvoir

Que faire devant la puissance affective de l’œuvre littéraire ou plastique ? Comment articuler le logos critique avec l’expérience d’un pathos qui, tout en dépassant la compréhension, agit comme puissance motrice de notre désir de dire, d’écrire, de créer, de rendre compréhensible cette expérience elle-même ? Comment la littérature et les arts donnent-ils forme à l’émotion, et comment l’émotion à son tour travaille-t-elle leur forme ?

Ces questions impliquent le champ de l’expression, comme source ou ressource de l’œuvre, tout autant que celui de la réception, de la lecture. Elles engagent la relation d’un sujet — qu’il soit individuel ou collectif — à une expérience qui à la fois le déborde et le subjugue, car le mouvement d’émouvoir comprend simultanément action et passion. Aussi sa puissance implique dans le même temps une impuissance, produisant des effets souvent paradoxaux, voire contradictoires. La nature hétérogène des affects trouble dès lors l’expérience du temps linéaire ainsi que celle du corps où elle s’éprouve, avec des incidences sur l’œuvre qui tente d’en tracer les contours. Et lorsque l’on cherche à savoir qui est mu, par quoi, comment, et à quelles fins, rendre compte des formes de l’émotion appelle une pensée de l’histoire ainsi qu’une contextualisation à chaque fois singulière, afin de mieux en saisir les enjeux éthiques et politiques.

Autant de façons de se risquer à penser l’émotion, geste paradoxal qui met à l’épreuve les limites du savoir de et sur la littérature et les arts.

Numéro coordonné par Juliana Lopoukhine et Naomi Toth


2015

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Vol. 7, No 2 (2015): La réserve

 

Pourquoi amener à la lumière, comme choix d'objet pour ce numéro de la revue l'Atelier, ce qui précisément cherche, ou ne peut, que s'y soustraire, ce qui vient occuper cet étrange écart entre se laisser entendre et se dire, à savoir la réserve?

Pour cela même. Parce que la réserve en ses différents modes d'inscription a ce pouvoir d'interroger le dire, le sens, le voir et les modes par lesquels ceux-ci s'avancent, s'énoncent. Ce qui ainsi se soustrait, se retire du dire tout en laissant trace de son défaut, ou de son effacement sous ces formes multiples que sont le secret, le retrait, la réticence, la hantise, peut trouver sa place sur différentes scènes. La réserve peut s'exercer sous la forme d'un droit ou d'un devoir et ainsi engager certains enjeux de la question de la responsabilité. Elle peut prendre la forme d'un blanc, d'un espacement qui introduit à une dramaturgie toute singulière de ce qu'un tableau articule du donner à voir, du représentable et de ses conditions. Elle peut faire trace d'une certaine position subjective dans le dire que l'on associe à la pudeur, à la discrétion, mais étonnamment elle peut être aussi force de ressassement, de ressentiment, et lester ainsi le discours, le rapport au temps et à l'autre ("contre" qui la réserve s'exerce) d'affects singuliers. Elle peut encore constituer l'abord, ou la modalisation d'un propos théorique, philosophique, venant en inquiéter les seuils, la portée, ou bien au contraire en définir la condition même. Elle est également liée à un espace, celui de la thésaurisation, de la conservation, de l'élaboration, lequel peut fonctionner comme antichambre ou atelier de la création. En ce sens, elle renvoie aux conditions de genèse et à la production du texte comme archive.

Numéro coordonné par Isabelle Alfandary et Chantal Delourme

ATL 7.1

Vol. 7, No 1 (2015): L'institution de la littérature

La question de savoir ce qu'est la littérature informe la pratique et la recherche des enseignants-chercheurs. Objet qui ne se laisse pas facilement saisir, qui ne se laisse pas forcer par des catégorisations, la littérature nourrit et fait la force des études universitaires, mais fait aussi l'objet d'enjeux économiques et politiques qui tentent de lui assigner une place, souvent mineure, dans la société. Produit commercial, comme en témoigne la floraison de "prix littéraires", instrument politique, considéré comme un "supplément d'âme", elle s'inscrit aussi dans des "programmes" scolaires et universitaires qui se disputent la légitimité de telle ou telle oeuvre, de tel ou tel écrivai. De fait, en dépit de son caractère hybride, mouvant, inassignable, elle devient istitutionnalisée en faisant l'objet d'une reconnaissance qui fait de certains textes un passage obligé des études secondaires et supérieures ou bien d'une méfiance envers des textes qui n'appartiennent pas au canon. On pourraît alors suggérer que l'institution - universitaire mais aussi politique et médiatique - fabrique tout autant la littérature que cette dernière ne se crée elle-même, ou tout au moins qu'elle se l'approprie, tente d'en dessiner les codes, d'en tracer le devenir, d'en faire un objet qui cesse de lui échapper.

— Numéro coordonné par Sylvie Bauer et Anne Ullmo


2014

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Vol. 6, No 2 (2014): La Transmission


Si la transmission connaît des formes libres et spontanées, si elle est parfois régulée ou codifiée, il lui arrive aussi bien souvent de chercher sa voie. Dans le champ du savoir (ou, singulièrement, là où le savoir est interrogé – par la philosophie ou la psychanalyse notamment), dans le domaine de la culture, des arts et de la littérature, la transmission ne manque pas de revenir sous forme de question : comment cela (se) passe-t-il ? Comment faire en sorte que cela passe ? Volonté d’œuvrer contre l’oubli pour que subsiste une mémoire, engagement à faire acte de témoignage, la transmission peut inversement prendre la mesure d’une perte irrévocable ou d’une impossibilité fondamentale à dire l’événement original qui inscrit l’écriture dans le jeu de la dissémination. En interrogeant la transmission dans ses pratiques, mais aussi dans ses tentatives de se raconter ou de se représenter, nous proposons de nous pencher sur les différentes modalités d’un passage qui compose avec le vide, négocie les transitions ou se joue des écarts.

— Numéro coordonné par Marie Laniel et Pascale Tollance
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Vol. 6, No 1 (2014): L'excès

Dans l'acception courante, l'excès est presque toujours entendu de manière négative, comme ce qui dé-range, dé-borde, dé-passe. Il trouble les cadres qui permettent de comprendre autant que de produire l'œuvre, de quelque nature qu'elle soit : il en sort et menace de les faire céder. À l'inverse, l' excès peut également, sans contradiction, pointer un défaut dans ce qui ne peut le comprendre, le contenir — cela excède l'entendement, dit-on parfois. Ce qu'un champ donné, à un moment donné, ne peut saisir, laisse hors champ, peut fournir l'occasion d'une réflexion sur les contours définis, en vue de leur (re)définition ou de leur contestation. L'histoire des arts et de la littérature est-elle dès lors envisageable sans une pensée de l'excès en même temps qu'une pensée des bords de l'œuvre ?

— Numéro coordonné par Isabelle Gadoin et Richard Pedot



2013

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Vol. 5, No 2 (2013): Intention et vouloir dire

Dans la suite des numéros de L’Atelier consacrés à des notions clés de la critique littéraire, celui-ci souhaite mettre au débat les notions d’ « intention » et de « vouloir dire » comme notions dont les enjeux au sein des théories de l’interprétation demandent à être interrogés : et ce, aujourd’hui encore, voire aujourd’hui plus que jamais, dans des temps où l’on parle de « retour de l’auteur », de « retour de l’œuvre », des temps où des productions textuelles se fabriquent en réseau, où les revendications d’identité et d’autonomie dans leur urgence politique tendent à mettre sous le boisseau les complexités de la scène du sens, où enfin l’hypothèse de l’inconscient dans bien des domaines est remise en cause ou simplement balayée.
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Vol. 5, No 1 (2013): Survivance

Résistance au « cours du temps », à « l'ordre des choses » ou à la mort elle-même, la survivance dit la capacité à endurer ou à perdurer contre toute attente. On peut voir en elle la manifestation de ce qui est littéralement « sur » ou au-dessus de la mort et échappe à toute négativité, ou plutôt un supplément de vie, un sursis qui tire sa force de la certitude ou de l'imminence d'un arrêt. « Le survivant survit toujours à la mort, mais à la mort de quelle vie ? » demande Jean-François Lyotard dans Lectures d'enfance. Ainsi à ce qui peut donner lieu à une mélancolie « préventive », le philosophe oppose-t-il la force du « tout de même » ou du « comme si », un « comme si » en lequel « l'enfance s'y connaît » – et en lequel la littérature a elle aussi un certain savoir ou savoir faire.

— Numéro coordonné par Pascale Tollance et Anne Ullmo


2012

ATL 4.2

Vol. 4, No 2 (2012): Poétiques du moment

Définir le moment à l’aune de ses autres que sont l’instant, le présent, le contemporain dans ses élaborations poétiques.
Entre « poétique » et « moment » opère une tension entre deux temporalités mutuellement exclusives, l’une relevant de l’élaboration, l’autre de sa suspension. Où la question est posée des formes et des genres littéraires et esthétiques qui peuvent accueillir — ou se trouveront déterminés par — l’exigence d’une écriture ou d’une représentation hors récit. Se penchant sur le moment dans sa dimension figurale aussi bien que fantasmatique, ce numéro interroge du même coup l’hétérogénéité temporelle et énonciative des œuvres.

— Numéro coordonné par Isabelle Gadoin et Richard Pedot

ATL 4.1

Vol. 4, No 1 (2012): Le malaise à l'œuvre

Par malaise, qu’entend-on? Rien de définissable. Rien encore qui tombe immédiatement sous le coup du sens. Au contraire, le malaise met le sens en suspens et les positions en dé-route. Trouble moral et intellectuel, inconfort physique, le malaise est l’affect de l’indécidable. Ce numéro de L’Atelier n'offre donc pas une approche thématique, mais tente plutôt de mettre l’accent sur le lien du malaise à l’œuvre (littéraire, théâtrale, picturale, …)  : sa traduction dans l’œuvre, le passage de l’un à l’autre et le malaise qui peut s’installer entre le lecteur/spectateur et l’œuvre.

— Numéro coordonné par Isabelle Alfandary et Richard Pedot


2011

ATL 3.2

Vol. 3, No 2 (2011): Finir / Infinir

Ce numéro aborde la question de la clôture et de l’inachèvement.

Sous l’intitulé volontairement ouvert et problématique, « Finir / Infinir », est interrogé le rapport aporétique de l’œuvre à ce qui la borne ou au contraire l’ouvre au possible. Rapport non pas statique mais, comme l’indique l’infinitif, dynamique et en constant redéploiement.

Le caractère terminé et interminable des oeuvres imposerait à la lecture critique non de dessiner ou dé-finir une ligne qui sans cesse recule mais plutôt de retrouver dans et avec l’oeuvre la tentative d’in-finir les contours de nos représentations.

— Numéro coordonné par Chantal Delourme et Richard Pedot

Gentile da Fabriano, Polittico di Valle Romita

Vol. 3, No 1 (2011): Reading Misreading

L'Atelier 3.1 (2011) : Reading Misreading

Qu’est-ce qu’une mélecture (a misreading, comme l'anglais le dit si bien) ? Quel rapport entretient-t-elle avec l’activité de lecture ? Que nous dit-elle sur la manière dont nous lisons ? Abruptement énoncées, ces questions sont celles que le nouveau numéro de L’Atelierentend aborder. Il s’agit de reprendre de manière critique dans différents domaines (de la littérature à la philosophie, en passant par les arts de la scène) la notion de mélecture, non pas comme une corruption ou un égarement de la lecture, mais comme une condition de possibilité de la lecture proprement dite.

— Numéro coordonné par Isabelle Gadoin et Richard Pedot


2010

Page couverture

Vol. 2, No 2 (2010): L'Essai

Sélection de communications données dans l'atelier SAIT / Lectures critiques, au congrès de la Société des Anglicistes de l'Enseignement Supérieur, en mai 2009 (Université de Bordeaux 3)

— Numéro coordonné par Anne Ullmo et Richard Pedot

AT 2.1 (2009)

Vol. 2, No 1 (2010): Le Personnage en jeu

Le personnage est une notion critique souvent convoquée comme évidence mais dont les enjeux sont peu interrogés. Ce numéro de L'Atelier entend précisément soulever quelques-unes des questions que le concept pose ou permet de poser, c'est-à-dire d'examiner ce qui le met en jeu - ou en scène, en tableau, en texte, ... - et ce qu'il met à son tour en jeu, par sa position interstitielle (entre Histoire et histoire, réalité et représentation, politique et esthétique, ...) ou par l'infini de ses migrations possibles entre régimes de pensée ou de discours (poésie, théâtre, peinture, philosophie, psychanalyse, …).

— Numéro coordonné par Chantal Delourme et Richard Pedot


2009

Page couverture

Vol. 1 (2009): La Résurgence

Congrès SAES — Orléans 2008

 

Ce premier numéro est une sélection de communications données au sein de l'atelier SAIT / Lectures critiques du congrès de la Société des Anglicistes de l'Enseignement Supérieur, en juin 2008 (Université d'Orléans), autour du thème de la Résurgence.