Vol. 7, No 2 (2015)

La réserve


couv 7 2

 

Pourquoi amener à la lumière, comme choix d'objet pour ce numéro de la revue l'Atelier, ce qui précisément cherche, ou ne peut, que s'y soustraire, ce qui vient occuper cet étrange écart entre se laisser entendre et se dire, à savoir la réserve?

Pour cela même. Parce que la réserve en ses différents modes d'inscription a ce pouvoir d'interroger le dire, le sens, le voir et les modes par lesquels ceux-ci s'avancent, s'énoncent. Ce qui ainsi se soustrait, se retire du dire tout en laissant trace de son défaut, ou de son effacement sous ces formes multiples que sont le secret, le retrait, la réticence, la hantise, peut trouver sa place sur différentes scènes. La réserve peut s'exercer sous la forme d'un droit ou d'un devoir et ainsi engager certains enjeux de la question de la responsabilité. Elle peut prendre la forme d'un blanc, d'un espacement qui introduit à une dramaturgie toute singulière de ce qu'un tableau articule du donner à voir, du représentable et de ses conditions. Elle peut faire trace d'une certaine position subjective dans le dire que l'on associe à la pudeur, à la discrétion, mais étonnamment elle peut être aussi force de ressassement, de ressentiment, et lester ainsi le discours, le rapport au temps et à l'autre ("contre" qui la réserve s'exerce) d'affects singuliers. Elle peut encore constituer l'abord, ou la modalisation d'un propos théorique, philosophique, venant en inquiéter les seuils, la portée, ou bien au contraire en définir la condition même. Elle est également liée à un espace, celui de la thésaurisation, de la conservation, de l'élaboration, lequel peut fonctionner comme antichambre ou atelier de la création. En ce sens, elle renvoie aux conditions de genèse et à la production du texte comme archive.

Numéro coordonné par Isabelle Alfandary et Chantal Delourme